Трехсвятительский кафедральный храм в Париже

☦ Корсунская епархия

Bulletin des lectures. Dimanche du Jugement Dernier

Parole de Dieu pendant la divine Liturgie

Lecture de la première épître du saint apôtre Paul aux Corinthiens (1 Co VIII,8-IX,2)

Frères, à propos des viandes immolées aux idoles, ce n’est certes pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu : si nous n’en mangeons pas, nous n’aurons rien de moins, et si nous en mangeons, nous n’aurons rien de plus. Mais prenez garde que cette liberté dont vous usez ne devienne pour les faibles une occasion de chute. Car si quelqu’un te voit manger, en toute connaissance, des viandes immolées aux idoles, ne va-t-il pas se croire autorisé, malgré la faiblesse de sa conscience, à en manger lui aussi ? Et ainsi tes bonnes raisons feront tomber le faible, ce frère pour qui le Christ est mort. Or, en péchant contre vos frères, en blessant la conscience de qui est faible, c’est contre le Christ que vous péchez. C’est pourquoi, si un aliment doit causer la chute de mon frère, je me passerai de viande à tout jamais, afin que mon frère ne soit pas scandalisé. Ne suis-je pas apôtre ? Ne suis-je pas libre ? N’ai-je pas vu notre Seigneur Jésus Christ ? N’êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ? Si pour d’autres je ne suis pas apôtre, pour vous du moins je le suis ; car c’est vous qui, dans le Seigneur, êtes le sceau de mon apostolat.

Lecture de l’Évangile selon Saint Matthieu (Mt XXV,31-46)

En ce temps-là, Jésus déclara : « Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs ; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Les justes lui répondront : Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ; ou nu, et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ? Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. Ils répondront aussi : Seigneur, quand t’avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t’avons-nous pas assisté ? Et il leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle. »

 

Méditation du jour

Ce dimanche est appelé dimanche de Carnaval parce que pendant la semaine qui le suit, un jeûne limité est prescrit par l’Église – abstention de toute viande. Il faut comprendre cette prescription à la lumière de ce qui a été dit auparavant à propos de la signification de la préparation. L’Église commence maintenant à nous « ajuster » pour le grand effort qu’elle attendra de notre part 7 jours plus tard. Elle nous introduit progressivement dans cet effort – connaissant notre fragilité, prévoyant notre faiblesse spirituelle.

La veille de ce jour (Samedi de Carnaval), l’Église nous invite à une commémoration universelle de tous ceux qui « se sont endormis dans l’espoir de la résurrection et de la vie éternelle. » C’est en effet le grand jour de prière de l’Église pour ses membres défunts. Pour comprendre la signification de cette relation entre le Grand Carême et la prière pour les défunts, il faut se souvenir que le Christianisme est la religion de l’amour. Le Christ a laissé Ses disciples non pas avec une doctrine de Salut individuel, mais avec un commandement nouveau : « aimez-vous les uns les autres », et Il avait ajouté : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, que tous vous reconnaîtront pour Mes disciples » (Jn 13,34-35). Dès lors, l’amour est le fondement, la vie même de l’Église qui est, selon les paroles de saint Ignace d’Antioche, « unité de Foi et d’amour. »

Le péché est toujours absence d’amour, et dès lors séparation, isolement, guerre de tout contre tout. La nouvelle vie donnée par le Christ et transmise à nous par l’Église est, en tout premier lieu, une vie de réconciliation, de « rassemblement dans l’unité de ceux qui étaient dispersés », la restauration de l’amour brisé par le péché. Mais alors comment est-ce que nous pourrions seulement entamer notre retour vers Dieu et notre réconciliation avec Lui si en nous-mêmes nous ne retournons pas à l’unique commandement nouveau, celui de l’amour ? La prière pour les défunts est l’expression essentielle de l’Église en tant qu’amour. Nous demandons à Dieu de Se souvenir de ceux dont nous nous souvenons, et nous nous souvenons d’eux parce que nous les aimons. En priant pour eux, nous les rencontrons en Christ Qui est Amour, et qui, parce qu’Il est Amour, terrasse cette mort qui est l’ultime victoire de la séparation et de l’absence d’amour. En Christ, il n’y a plus ni vivant ni mort car tous sont vivants en Lui. Il est la Vie et la Vie est la Lumière de l’homme. Aimant le Christ, nous aimons tous ceux qui sont en Lui ; aimant ceux qui sont en Lui, nous aimons le Christ : telle est la loi de l’Église, et de là découle pour elle la prière pour les défunts. C’est vraiment notre amour en Christ qui les garde vivants parce qu’il les garde « en Christ, ».

C’est à nouveau l’amour qui constitue le thème du Dimanche de Carnaval. La leçon de l’Évangile du jour est la parabole du Christ à propos du Jugement Dernier (Matt. 25,31-46). Lorsque le Christ sera venu pour nous juger, quels seront les critères pour Son Jugement ? La parabole répond : l’amour – pas un simple souci humanitaire pour une justice abstraite et pour le « pauvre » anonyme, mais l’amour concret et personnel pour la personne humaine, pour toute personne humaine que Dieu me fait rencontrer dans ma vie. Cette distinction est importante parce que de nos jours, de plus en plus de Chrétiens ont tendance à identifier l’amour Chrétien avec les préoccupations politiques, économiques et sociales ; en d’autres termes, à effectuer un glissement de la personne, unique, avec sa destinée personnelle, vers des entités anonymes telles que « classe », « race », etc. Non pas que ces préoccupations soient erronées en elles-mêmes.

Il est évident que dans leurs parcours de vie personnelle, dans leurs responsabilités en tant que citoyens, professionnels, etc, les Chrétiens sont appelés à veiller, du mieux de leurs possibilités et compréhension, pour une société juste, équitable, et en général plus humaine. Assurément, tout ceci provient du Christianisme et peut être inspiré par l’amour Chrétien. Mais l’amour Chrétien en tant que tel est quelque chose de différent, et cette différence doit être comprise et maintenue si l’Église veut préserver sa mission, qui est unique, et ne pas devenir une « agence sociale » de plus, ce qu’elle n’est définitivement pas. L’amour Chrétien est « l’impossible possibilité » de voir le Christ en autrui, qui qu’il soit, et que Dieu, dans Son plan éternel et mystérieux, a décidé d’introduire dans ma vie, quand bien même seulement pour quelques instants ; pour l’introduire non pas en tant qu’occasion pour une « bonne action » ou pour s’exercer à la philanthropie, mais en tant que début d’une relation éternelle avec Dieu Lui-même. Car en effet, qu’est-ce que l’amour, si ce n’est cette mystérieuse force qui transcende ce qui est secondaire et externe chez « l’autre » – son apparence physique, son rang social, son origine ethnique, sa capacité intellectuelle – et atteint l’âme, l’unique et éminemment personnelle « racine » de l’être humain, la vraie part de Dieu en lui ? Si Dieu aime tout être humain, c’est parce que Lui seul connaît l’inestimable et absolument unique trésor, « l’âme » ou « personne » qu’Il donna à tout être humain. L’amour Chrétien est dès lors la participation à cette connaissance Divine et le don de cet amour Divin. Il n’y pas d’amour « impersonnel » parce que l’amour est la merveilleuse découverte de la « personne » dans « l’homme », de ce qui est personnel et unique dans le commun et le général. C’est la découverte en chaque humain de ce qui est « aimable » en lui, de ce qui est de Dieu.

A cet égard, l’amour Chrétien est quelque parfois l’opposé de « l’activisme social » avec lequel certains identifient si souvent le Christianisme de nos jours. Pour un « activiste social », l’objet de l’amour n’est pas la « personne », mais l’homme, une unité abstraite d’une non moins abstraite « humanité. » Mais pour le Christianisme, l’homme est « aimable » parce qu’il est une personne. Là, la personne est réduite à l’humain ; ici l’humain n’est vu que comme personne. L’ « activiste social » n’est pas intéressé par ce qui est personnel, et le sacrifie facilement pour « l’intérêt commun. » Le Christianisme peut sembler être, et quelque part est en effet plutôt septique à propos de cette « humanité » toute abstraite, mais il commet un péché qui est mortel contre lui-même quand il abandonne sa préoccupation et son amour pour la personne. L’activisme social est toujours « futuriste » dans son approche ; il agit toujours au nom de la justice, de l’ordre, d’un bonheur à venir, à atteindre. Le Christianisme se soucie peu de ce futur problématique, mais place tout l’accent sur le maintenant – l’unique moment décisif pour l’amour. Les 2 attitudes ne sont pas mutuellement exclusives, mais elles ne doivent pas être confondues. Assurément, les Chrétiens ont des responsabilités envers « ce monde », et ils doivent les assumer. C’est le domaine de « l’activisme social » qui appartient entièrement à « ce monde. » L’amour Chrétien, cependant, vise au-delà de « ce monde. » Il est en lui-même un rayonnement, une manifestation du Royaume de Dieu ; il transcende et surmonte toutes les limitations, toutes les « conditions » de ce monde, parce que sa motivation de même que ses buts et son aboutissement sont en Dieu. Et nous savons que même en ce monde, qui « vit dans le mal », les seules victoires durables et transformantes sont celles de l’amour. Rappeler à l’homme cet amour et vocation personnels, remplir ce monde pécheur de cet amour – telle est la véritable mission de l’Église.

La parabole du Jugement Dernier traite de l’amour Chrétien. Nous ne sommes pas tous appelés à travailler pour « l’humanité », et cependant, chacun d’entre nous a reçu le don et la grâce de l’amour du Christ. Nous savons qu’au bout du compte, tous les hommes ont besoin de cet amour personnel – la reconnaissance en chacun d’eux de leur âme si unique, en laquelle la beauté de toute la Création se reflète d’une manière unique. Nous savons aussi que les hommes sont en prison et son malades et assoiffés et affamés, parce que cet amour personnel leur a été refusé. Et pour finir, nous savons qu’aussi étroit et limité puisse être le cadre de notre existence personnelle, chacun d’entre nous a été rendu responsable pour une infime partie du Royaume de Dieu, et rendu responsable par ce don même de l’amour du Christ. Dès lors, que nous ayons ou non accepté cette responsabilité, que nous ayons aimé ou refusé d’aimer, voilà sur quoi nous serons jugés. Car « toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de Mes petits frères que voici, c’est à Moi-même que vous l’avez fait.. ». Père Alexandre Schmemann. « Le grand Carême ».

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