Трехсвятительский кафедральный храм в Париже

☦ Корсунская епархия

Bulletin des lectures. Dimanche du Pardon. Dimanche de l’Exil d’Adam

Lectures pendant la divine Liturgie

Lecture de l’épître du saint apôtre Paul aux Romains (Ro XIII,11-XIV,4)

Frères, le salut est désormais plus près de nous qu’au temps où nous avons cru. La nuit s’avance, le jour est proche. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. Comme en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ, et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises. Envers celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants, sans vouloir discuter des opinions. Tel croit pouvoir manger de tout, tel autre n’a pas cette force et poursuit sa diète de végétarien. Que celui qui mange de tout ne méprise pas l’abstinent, et que l’abstinent ne juge pas celui qui mange de tout, puisque Dieu l’a reçu. Toi, qui es-tu pour juger le serviteur d’autrui ? Qu’il demeure ferme ou qu’il tombe, cela ne regarde que son maître. D’ailleurs il restera ferme, car le Seigneur a le pouvoir de le soutenir.

Lecture de l’Évangile selon Saint Matthieu (Mt VI,14-21)

En ce temps-là, le Seigneur dit : « Si vous pardonnez leurs fautes aux hommes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes.

Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se prennent une mine défaite, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les vers et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel où ni les vers ni la rouille ne détruisent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent : car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »

Méditation du jour

Le Dimanche du Pardon s’appelle également « l’expulsion d’Adam du Paradis de délices». Cette appellation résume en fait toute la préparation au Carême. Nous savons maintenant que l’Homme a été créé pour le Paradis, pour connaître Dieu et être en communion avec lui. Son péché l’a privé de cette vie bienheureuse, et son existence sur la terre est désormais un exil. Le Christ, Sauveur du monde, ouvre les portes du Paradis à quiconque le suit, et l’Eglise, en nous révélant la beauté du Royaume, fait de notre vie un pèlerinage vers notre patrie céleste (…) Le Carême est notre libération de l’esclavage du péché, de la prison de ‘ce monde’. Et l’Evangile de ce dernier dimanche pose les conditions de cette libération.

La première est le jeûne. C’est le refus d’accepter comme normaux les désirs et les impulsions de notre nature déchue ; et c’est un effort pour secouer la tyrannie de la chair et de la matière sur l’esprit. Pour être effectif, cependant, notre jeûne ne doit être ni hypocrite, ni ostentatoire. Il faut que notre jeûne ‘soit connu non des hommes, mais de notre Père qui est dans les cieux’.

La deuxième condition est le pardon : ‘Si vous pardonnez…, votre Père vous pardonnera…’ La victoire du péché, la marque principale de son emprise sur le monde, c’est la division, l’opposition, la séparation, la haine. Donc, la première brèche dans la forteresse du péché est le pardon, c’est-à-dire le retour à l’unité, à la solidarité, à l’amour. Pardonner, c’est mettre entre mon ennemi et moi le radieux pardon de Dieu lui-même. Pardonner, c’est échapper à l’impasse désespérante où aboutissent nos relations humaines et les référer au Christ. Le pardon est vraiment une trouée vers le Royaume dans ce monde pécheur et déchu. » (p. 32-33)

« Le but du Carême n’est pas de nous imposer quelques obligations extérieures, mais d’attendrir notre cœur pour qu’il puisse s’ouvrir aux réalités de l’esprit et expérimenter une faim et une soif secrètes de communion avec Dieu » (p.36-37)

Comment appliquer l’enseignement de l’Église à propos du Carême, tel que nous le livre principalement la prière liturgique de Carême, à notre vie ? Comment le Carême peut-il avoir une influence réelle, et non point seulement extérieure sur notre existence ?

Cette existence (est-il nécessaire de le rappeler ?) est très différente de celle qu’on vivait au temps où tous ces offices, ces hymnes, ces prières furent composés et ces prescriptions établies. On vivait alors dans une communauté relativement restreinte, et en majeure partie rurale, au sein d’un monde organiquement orthodoxe ; le rythme même de la vie d’un chacun était donné par l’Église ; alors que, maintenant, nous vivons dans une énorme société urbaine, technique, avec le pluralisme de ses croyances religieuses, le sécularisme de sa vision du monde, et où les orthodoxes constituent une insignifiante minorité. Le Carême n’est plus « visible » comme il l’était par exemple en Russie ou on Grèce. Il y a donc vraiment lieu de se poser la question : Comment – en dehors d’un ou deux petits changements « symboliques » apportés à notre vie de chaque jour – être fidèles au Carême ? Pouvons-nous redécouvrir le « bain » de repentance et de renouveau que le Carême est censé être ? En faire de nouveau une force spirituelle dans la réalité quotidienne de notre existence ?

La réponse à cette question dépend principalement, et je dirais presque exclusivement, de ceci : Oui ou non, voulons-nous prendre le Carême au sérieux ?

Aussi nouvelles et différentes que soient les conditions dans lesquelles nous vivons aujourd’hui, aussi réels les difficultés et les obstacles dressés par notre monde moderne, aucun d’eux n’est un obstacle absolu, aucun d’eux ne rend le Carême impossible. Si le Carême a perdu progressivement de son influence sur nos vies, il faut en chercher la vraie raison plus profonde. C’est que consciemment ou non, nous avons réduit la religion à un nominalisme et à un symbolisme superficiels, ce qui est précisément une façon de passer à côté et d’évincer le sérieux des exigences de la religion sur nos vies, exigences qui nous demandent engagement et effort. Cette attitude, faut-il ajouter, est d’une certaine manière particulière à l’Orthodoxie.

Les chrétiens occidentaux, catholiques et protestants, lorsqu’ils sont mis en face de ce qu’ils considèrent comme impossible, changeront plutôt la religion elle-même pour l’ajuster aux conditions nouvelles et la rendre ainsi praticable. Récemment, par exemple, nous avons vu l’Église romaine réduire d’abord le jeûne à un strict minimum, puis s’en défaire presque complètement. Prendre le Carême au sérieux signifie donc que nous allons le considérer avant tout au niveau le plus profond possible, c’est-à-dire comme un appel spirituel qui demande une réponse, une décision, un plan, un effort continu. C’est la raison pour laquelle, nous le savons, les semaines de préparation au Carême furent établies par l’Église : c’est le moment de la réponse, de la décision et du programme. Et ici la meilleure voie et la plus facile est de suivre l’Église qui nous guide, – ne serait-ce qu’en méditant sur le thème des cinq Évangiles que nous offrent les cinq dimanches du pré-Carême :

  1. Désir – Zachée : Luc, 19, 1-10.
  2. Humilité – Le publicain et le pharisien : Luc 18, 10-14.
  3. Retour d’exil – Le fils prodigue : Luc 15, 11-32.
  4. Jugement dernier : Matthieu 25, 31-46. 5. Pardon : Matthieu 6, 14-21.

Ces Évangiles ne sont pas simplement à écouter à l’église ; l’essentiel est que je les « emporte chez moi », et que je les médite en fonction de ma vie, de ma situation familiale, de obligations professionnelles, de mes occupations matérielles et de ma relation aux êtres humains avec lesquels, concrètement, je vis.

Et si, à cette méditation, on ajoute la prière de cette période d’avant-Carême : « Ouvre-moi les portes du repentir, ô Donateur de Vie ! » ainsi que le Psaume 137 : « Près des fleuves de Babylone… », on commence à comprendre ce que signifie « sentir avec l’Eglise » et comment une période liturgique peut colorer la vie quotidienne.

C’est aussi un temps propice à la lecture d’un livre spirituel, ceci non seulement en vue d’accroître notre connaissance de la religion, mais surtout pour purifier notre esprit de tout ce qui l’occupe habituellement. Il est incroyable à quel point nos esprits sont envahis par une foule de préoccupations, d’intérêts, d’inquiétudes et d’impressions, et comme nous avons peu de maîtrise sur cet envahissement. Lire un livre spirituel, concentrer notre attention sur quelque chose d’entièrement différent de ce qui occupe habituellement notre pensée, crée de soi-même une atmosphère mentale et spirituelle tout autre.

Ce ne sont pas là des recettes ; il peut y avoir d’autres moyens de se préparer au Carême. Le point important est que, durant cette période préparatoire, nous regardions la Carême comme à distance, comme quelque chose qui vient à nous, ou même peut-être qui nous est envoyé par Dieu lui-même, comme une occasion de changement, de renouveau, d’approfondissement, et que nous prenions cette occasion au sérieux, en sorte que, lorsque nous quittons la maison pour nous rendre à vêpres, nous soyons prêts à faire nôtres – ne serait-ce que d’une façon très modeste – les paroles du grand Prokiménon qui inaugure le Carême : « Ne détourne pas ton Visage de ton serviteur car je suis affligé ».

Personne ne peut assister à tous les offices de Carême, mais chacun peut assister à quelques-uns. Il n’y a absolument aucune excuse pour que le Carême ne soit pas surtout le temps où l’on assiste et participe davantage à la liturgie de l’Eglise. Là encore, conditions personnelles, possibilités individuelles et impossibilités peuvent varier et amener à des décisions diverses ; mais il doit y avoir décision, il doit y avoir effort et effort persévérant.

Pages du livre du Père Alexandre Schmemann. « Le grand Carême ».

Bulletin_18_02_18 Dimanche du Pardon