Трехсвятительский кафедральный храм в Париже

☦ Корсунская епархия

Dimanche 3ème du Grand Carême : de la sainte Croix

Lectures pendant la divine Liturgie

Lecture de l’épître du saint apôtre Paul aux Hébreux (Hb IV,14-V,6)

Frères, puisqu’en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux, tenons ferme la profession de notre foi. En effet, le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos infirmités, mais en toutes choses il a connu l’épreuve, comme nous, et il n’a pas péché. Avançons donc, avec pleine assurance, vers le trône de sa tendresse, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. Tout grand prêtre, en effet, est pris parmi les hommes, il est chargé d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, revêtu de faiblesse et, pour cela même, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple. Nul ne s’attribue cet honneur à soi-même, on le reçoit par un appel de Dieu, comme Aaron. De même, ce n’est pas le Christ qui s’est attribué la gloire de devenir grand prêtre, mais il l’a reçue de celui qui lui a dit : « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré », comme il déclare dans un autre psaume : « Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech. »

 

Lecture de l’Évangile selon Saint Marc (Mc VIII,34-IX,1)

En ce temps-là, Jésus, ayant appelé la foule avec ses disciples, leur dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? Que donnerait un homme en échange de son âme ? Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura aussi honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges. » Il leur dit encore : « Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu venir avec puissance. »

 

Méditation du jour

En ce dimanche de la Croix, nous nous tenons devant le symbole suprême et le signe tangible de l’amour infini de Dieu. La Croix porte en elle à la fois l’amour infini et la haine infinie ou, plutôt, une haine qui malgré sa démesure n’atteint pas à la mesure de l’amour de Dieu. L’amour de Dieu, lui, est infini totalement.

Le Seigneur dit cette parole :  » Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi – Il indiquait par cela de quelle mort il devait mourir » (Jean XII, 32). En effet, dans les bras étendus de Jésus crucifié on contemple le mouvement de prière de Celui qui était totalement prière et entièrement tourné vers le Père et le mouvement d’amour de Celui qui tend les bras, pour attirer à Lui tous les hommes. Nous sommes tous objets et sujets de cet amour infini de Dieu qui pour chacun de nous a donné non pas seulement quelques gouttes de son sang comme le disait Pascal, mais Son être tout entier, Son sang et Son corps tout entier pour chacun de nous.

Jésus nous porte dans Son cœur et dans Sa prière, tout particulièrement avant Sa Passion et dans Son intercession céleste. La Croix est le signe de cet amour infini de Dieu, d’un amour qui par définition est toujours don de soi-même. Nous disons que le Père engendre le Fils dans le mystère indicible de la Sainte Trinité : ce sont des mots humains pour exprimer une relation d’unité totale, de transparence entière. Le Père engendre, c’est-à-dire qu’Il donne la vie, éternellement, dans un éternel présent, à Son Fils ; Il s’ouvre, se livre, se donne, se vide pour ainsi dire totalement en Lui. L’amour trinitaire est aussi, en ce sens, don de soi-même, et on peut dire oubli de soi-même dans l’autre. Et l’Esprit Saint apparaît comme le fruit de cet amour, comme son lieu et comme le lien d’amour du Père et du Fils.

Lorsque Dieu crée le monde et l’homme, Il le crée dans un débordement infini d’amour. Ce sont de nouveau des mots humains, pour dire qu’il n’y a pas d’autre motivation, d’autre raison d’être, d’autre but pour la création de l’homme et des anges, que de faire sortir du néant des êtres qui puissent infiniment et éternellement aimer Dieu et être l’objet de Son amour.

Lorsque l’homme tombe et chavire dans la désobéissance, cet amour de Dieu est blessé, blessé mais non détruit. Alors ce flot d’amour qui rencontre la résistance et le refus entre dans la souffrance. Les Pères n’hésitent pas de parler de cette souffrance du Père qui se voit rejeté par ses propres enfants. C’est là que se trouve le premier fondement de la Croix. Parce que Dieu ne désire pas que le mal et que le malin aient le dernier mot, de nouveau Il fait le même geste de don total de soi : Il envoie Son Fils unique. Rappelez-vous la Parabole des vignerons homicides dans laquelle le fils bien-aimé est envoyé comme dernier recours :  » Je vais leur envoyer mon Fils, mon bien-aimé, peut-être auront-ils respect de lui » (Luc XX, 13).

Et là, c’est une révélation pour nous : lorsque le Père envoie Son Fils, Il le fait avec l’espérance que peut-être les hommes Le respecteront.

Mais Jésus connaît le chemin qu’il doit suivre, car de toute éternité, Jésus entend la Parole du Père et il lui répond.

Il lui répond dans l’obéissance, comme le dit le Psaume 39 :  » Tu m’as formé un corps. Tu n’as agréé ni holocauste, ni sacrifice. Alors j’ai dit : voici je viens. Au rouleau du livre il m’est prescrit de faire ta volonté » (Ps 39,7-9) ;  » je viens dans le monde, Père, pour faire ta volonté. »

Toute la vie du Seigneur a été un accomplissement incessant, toujours renouvelé et jamais défaillant, de la volonté du Père :  » Je ne suis pas venu faire ma volonté mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6, 38) et encore : « Père, si c’est possible, que ce calice s’éloigne de moi, mais que ta volonté se fasse et non pas la mienne » (Lc. 22, 42).

C’est la prière incessante du Fils en face de la révolte de la chair, de la révolte humaine devant la souffrance et la mort, qu’Il a prises sur Lui et qui Le font ployer et verser des gouttes de sang. Je disais bien que la Croix est symbole de l’amour infini de Dieu. Mais il fallait justement que cet amour se heurte à la résistance, au mal et à la haine pour que cette haine soit pour ainsi dire dévitalisée au cœur d’elle-même. C’est pour cela que la Croix est aussi le signe de la haine suprême de ceux qui rejettent le Christ et Le crucifient. Et nous autres, dans la mesure de notre propre péché et de nos infidélités quotidiennes, nous sommes les fauteurs, il faut le dire, de cette crucifixion du Seigneur, du Fils de Dieu devenu Fils de l’Homme par amour infini. Nous y participons et nous ne devons pas penser que nous sommes meilleurs que les autres. Par conséquent nous devons porter profondément en nous le sentiment que nous partageons avec les contemporains du Christ la responsabilité de L’avoir crucifié ou de L’avoir abandonné. Le Seigneur a été finalement seul à porter Sa croix, accompagné par Sa sainte Mère et l’apôtre Jean. Allant jusqu’au bout de cette obéissance filiale exprimée sur la croix par les mots :  » Tout est terminé » (Jn 10, 30) et  » Père je remets mon esprit entre tes mains » (Lc 23, 46), allant jusqu’au bout de cette obéissance, il dévitalise la haine, et la Croix, désormais, trouve par la mort et l’amour du Christ une puissance nouvelle de vie et de grâce.

Cette croix devient vivifiante, cette croix devient lumineuse, cette croix devient déjà le symbole de la Résurrection, — de même que le tombeau vide est déjà le lieu de la Résurrection.

C’est pourquoi nous la vénérons non seulement comme un signe, mais comme le lieu de la Présence du Christ crucifié et ressuscité, comme le lieu de la grâce de l’Esprit Saint, comme le lieu dans lequel les énergies mêmes de Dieu se manifestent pour que nous y communiions. C’est pourquoi nous embrassons la croix, icône du Christ mort et ressuscité. C’est pourquoi nous gravons de toutes nos forces le signe de la croix sur notre corps et nous bénissons nos proches par ce même signe de la Croix. Le prêtre n’est pas le seul à pouvoir bénir avec le signe de la Croix : chacun de nous peut bénir son proche, intérieurement ou extérieurement, maternellement et paternellement. Le signe de la Croix que nous posons sur nous-mêmes et sur nos proches est une très grande grâce que Dieu nous donne, car il est porteur de la puissance divine contre les démons et contre les tentations. Voilà pourquoi il ne doit pas être tracé machinalement comme cela souvent se fait ; il doit être fait avec attention, avec vénération, avec la pleine conscience d’accomplir un geste fondamental qui nous fait participer à la mort et à la Résurrection du Christ.

Puisse alors cette Croix que nous vénérons aujourd’hui, au milieu du grand carême, nous conduire comme un phare qui indique le chemin de l’oubli de soi-même, le chemin qui aboutit au mystère de la Sainte Passion du Christ. Puisse la Croix nous aider à participer du plus profond de notre cœur à cette Passion, aux souffrances du Christ, pour être introduis par le Seigneur, à travers notre purification et notre pardon, dans l’espace nouveau de la grâce de la Résurrection inauguré ici et maintenant. Amen.

Père Boris Bobrinskoy.

Bulletin_11_03_18