Трехсвятительский кафедральный храм в Париже

☦ Корсунская епархия

Histoire

L’histoire et la fondation de la paroisse des Trois Saints Hiérarques sont liées avec la Confrérie Saint Photius. La Confrérie fut fondée en 1923[i] par Alexis Stavrowsky. Le jeune Vladimir Lossky, dès son arrivée à Paris en 1924, y prit une part active[ii]. Se joignirent à eux, semble-t-il dès 1925, quelques étudiants du tout nouvel Institut Saint Serge, parmi lesquels Nicolas Sakharov, Vsevolod Palachkowsky ainsi qu’Eugraphe Kovalevsky, qui attira également ses deux frères, Maxime et Pierre.

Tous les membres sont persuadés que l’Orthodoxie est seule capable « de faire ressurgir en Occident la tradition de l’Eglise indivise à partir de sources locales latentes toujours vivantes, enfouies depuis le schisme sous les malentendus historiques »[iii]. La Confrérie a deux buts principaux : « ranimer la conscience ecclésiale des Orthodoxes émigrés et  ramener l’Occident à la Tradition Orthodoxe tout en respectant son identité profonde, en un mot, susciter en France une véritable Orthodoxie Occidentale [iv] ».

 

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L’évêque Veniamin (Fedtchenkov)

En juin 1930 le métropolite Euloge (Gueorguievsky), administrateur de toutes les églises orthodoxes russes en Europe occidentale, décida de quitter la juridiction du Patriarcat de Moscou, suivi par l’immense majorité de ses fidèles, il y eut cependant six personnes qui refusèrent cette décision, une dame et cinq des membres de la Confrérie Saint Photius. Ces six personnes avertirent de leur situation le Métropolite Serge (Stragorodski), alors locum tenens du trône patriarcal de l’Eglise Russe, et celui-ci les confia au Métropolite Eleuthère (Bogoïavlenski) de Vilno. Le petit groupe qui avait réagi dès Juin 1930, fut très vite rejoint par de nombreux fidèles.

Le 3 Janvier 1931 l’administration diocésaine de l’Europe Occidentale (le Métropolite Euloge) reçut un décret du Patriarcat de Moscou déclarant que la Confrérie St Photius et toute son activité dépendaient dorénavant directement de Moscou et le 6 Janvier parvint le décret interdisant le Métropolite Euloge et nommant à sa place le Métropolite Eleuthère, Exarque en Europe Occidentale. La Confrérie Saint Photius abandonna provisoirement les affaires Occidentales. Elle devait alors se consacrer à la reconstitution d’une Eglise Patriarcale canonique à Paris. Durant le grand carême de 1931, le métropolite Eleuthère vint à Paris plusieurs fois et célébra dans un appartement privé. Puis on trouva un local, au numéro 5 de la rue Pétel, qui fut consacré à Pâques de la même année.

Laissons la parole au métropolite Antoine (Bloom) de Souroge : « C’était en 1931. Cette période me rappelle les propos d’un vieux berger roumain [le Père Cléopas] : « Le temps est révolu où nous avions des prêtres de bois et des calices d’or. Maintenant, c’est aux calices d’être de bois, car les prêtres sont d’or ! ». J’étais venu pour voir. Je suis arrivé trop tard, quand l’office était déjà fini. L’Eglise était dans un sous-sol obscur, éclairée seulement par la lumière des veilleuses. J’ai vu devant moi, monter lentement les marches, un moine que je ne connaissais pas, dans un état de sérénité et de concentration totale. Je lui ai dit : « Je ne sais pas qui vous êtes, mais je veux que ce soit vous mon Père Spirituel ! » C’était le Père Athanase Netchaev. Et c’est lui qui, jusqu’à sa mort prématurée en 1943, fut mon Père Spirituel.

« Il était moine de Valaam. Il venait d’une famille pieuse. Il avait étudié au Séminaire et en était sorti dégoutté de la théologie. Il avait travaillé comme ouvrier de chemin de fer. Ramené à la foi par les Baptistes, il avait décidé de prendre connaissance de la confession dans laquelle il avait été baptisé et s’était rendu pour cela au Monastère de Valaam. Lorsque l’Institut Saint Serge fut fondé en 1924[v], le monastère l’envoya étudier la théologie à Paris. Au moment du schisme, il rejoignit le petit groupe resté fidèle à l’Eglise Patriarcale. C’est lui qui fut le premier recteur de la paroisse[vi] ». « C’était un homme remarquable, d’une absolue simplicité. Lydia Ouspensky rapporte que le Père Athanase, alors recteur de la rue Pétel, avait l’habitude de donner tout ce qu’il possédait. Il faisait même plus : il avait souvent emprunté de l’argent, et lorsqu’il est mort, ses débiteurs espéraient le récupérer. Mais on n’a pas trouvé un seul sous chez lui. Comme St Jean le Miséricordieux, il empruntait dans le seul but de donner.

 

 

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C’est le même esprit de simplicité évangélique qui animait tous les fondateurs de la paroisse. Dans le local contigu à l’église, outre la partie réservée au clergé, vivaient quelques moines, et l’on appelait alors l’église « la Communauté [vii] des Trois Saints Hiérarques ». L’église avait été installée en sous-sol, dans une ancienne fabrique de bicyclettes.  « L’iconostase était en bois blanc, raconte le métropolite Antoine, les icônes en papier. La communauté vivait exclusivement de ce qu’on laissait à manger et de quelques sous que les paroissiens, presque tous impécunieux, laissaient à la quête. On avait installé à l’entrée de l’église une boite en carton dans la quelle les paroissiens déposaient des restes de nourriture.

La préparation de l’église en vue de sa consécration fut laborieuse. Chacun apportait ce qu’il trouvait ou ce qu’il avait chez lui. Il fallait absolument trouver une vraie icône sans laquelle il aurait été impossible de célébrer. On découvrit chez un antiquaire une grande icône de la Mère de Dieu Iverskaïa, celle-là même qui bénit encore aujourd’hui la paroisse par sa présence, mais elle valait une fortune. Une paroissienne, Nadejda Sobolev[viii], vendit ses émeraudes, l’icône intégra l’église et l’on put célébrer pour la semaine Sainte et Pâques comme il fallait[ix].

 

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L’église, conformément à la théologie de la Confrérie Saint Photius, avait une double dédicace, d’une part elle était consacrée aux Trois Saints Hiérarques, pour exprimer la fidélité à l’Orthodoxie universelle, et d’autre part à Saint Tikhon de Zadonsk, pour souligner que cette fidélité s’accomplissait dans le sein de l’Eglise russe. Il y avait deux autels consacrés, à cause des deux dédicaces, mais aussi pour pouvoir célébrer deux liturgies le Dimanche. Cela fut repris, bien qu’incorrect, – car il ne peut y avoir qu’une seule liturgie par église[x], ce dont on ne prit conscience que plus tard – dans le nouveau bâtiment construit en 1958, sur l’emplacement de l’ancien.

C’est avec cette paroisse qu’un Exarchat du Patriarcat de Moscou put se maintenir en Europe Occidentale et contribuer ainsi très largement au retour des Occidentaux dans l’Eglise. C’est dans l’unité avec l’Eglise Mère en effet, c’est-à-dire dans le respect de la filiation spirituelle et dans « l’unité de l’obéissance », comme le dit Vladimir Lossky,[xi] seule expression « de l’unité concrète et vivante du corps du Christ », que pouvait se développer en Europe de l’Ouest et « parvenir à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ » (Ephésiens, 4, 13) une véritable Orthodoxie locale.

 


[i] Et non pas le 11 Février 1925, comme l’affirme Vincent Bourne (qu’hélas nous avons suivi dans l’édition française de notre livre), La divine contradiction, L’avenir catholique orthodoxe de la France, Paris, 1975, p 80.

[ii] Nous devons ces renseignements à monsieur Nicolas Lossky.

[iii] Maxime Kovalevsky, « Témoignage », dans Jean de Saint Denis, in memoriam, Paris, Présence Orthodoxe (sans date), p.20.

[iv] Alexis van Bunnen, « Une Eglise Orthodoxe de rite Occidental, l’E.C.O.F », mémoire de licence en histoire, Faculté de Philosophie et lettres, Louvain, 1981, (dactylographié) p.84.

[v] C’est en 1925 qu’ont été acquis l’église et le terrain actuels.

[vi] Entretien de Mai 2000.

[vii] Podvorje : littéralement « hôtellerie monastique », équivalent slave du « metochion » grec, « annexe ».

[viii] Parmi les paroissiens de la rue Pétel, cette dame fut par la suite l’une des correspondantes du starets Silouane, avec monseigneur Séraphin Rodionov, la moniale Théodosie, et l’archimandrite Serge Schevitch ; elle devint moniale plus tard en Russie. Les lettres que saint Silouane lui adressa ont été publiées par J.C.Larchet, Saint Silouane de l’Athos, Cerf, Paris, 2001, p.387-401.

[ix] Cette icône, retrouvée « par hasard » chez un antiquaire parisien par un certain A.N. Pavlov, semble être la copie réalisée en 1758 de la célèbre icône moscovite, elle-même copie de l’Iverskaïa de l’ Athos, qui ornait la chapelle de la Vierge des Ibères près du Kremlin. L’icône aurait été volée par un soldat français lors de l’occupation napoléonienne. C’est dans l’Eglise patriarcale, qui était si pauvre, que, par un vrai miracle de la Mère de Dieu, son icône voulut demeurer : c’est Monseigneur Benjamin qui put négocier l’icône à un prix acceptable et rassembler la somme nécessaire. On raconte qu’il fut impossible, en revanche, malgré de nombreuses quêtes, aux paroissiens du Métropolite Euloge, qui étaient pourtant beaucoup plus riches, de trouver cet argent.

[x] Cette question n’obtient pas de réponse unanime.

[xi] Vladimir Lossky, in « Lettre ouverte à l’Assemblée des représentants des églises russes en Europe Occidentale », dans Russie et Chrétienté, n°2, 1947, p54 ; repris dans La Vie spirituelle, Nov-Dec 1987, tome 141, n° 677, p.621-630.